Galapagos

Spi, pétole et moteur.

Posté par : Christophe

29 Mars 2012 à 22h

Nous passons trois jours devant le pont des Amériques dans une petite marina sur corps mort. Trois jours afin de ravitailler un peu le bateau en vivres et matériel divers et visiter le vieux panama en ruines. Trois jours suffisent pour cette ville où chaque personne croisée semble craindre pour notre sécurité, à la longue on deviendrait presque paranoïaque.
Nous décidons de nous rendre aux Perlas dans le but d’y passer une semaine avant de se lancer pour la traversée vers les Galapagos. Les photos que nous avons glanées sur internet sont prometteuses. Les Perlas, ce sont des milliers d’oiseaux, (frégates et pélicans pour ce que nous en avons reconnu) qui pêchent en permanence autour de Topaze, une côte sauvage quasi inhabitée et des mouillages seuls, enfin…
Les Perlas, ses six mètres de marnage, ses eaux troubles à hésiter de faire tourner le dessalinisateur, ses cartes marines fausses, ses plages qui menacent de vous renverser l’annexe cul par-dessus tête à chaque débarquement, ses mouillages à la protection douteuse… Après trois jours de ce traitement de faveur et un carénage du bateau où je voyais à peine ma main nous avons décidé de nous lancer dans la queue d’une fenêtre météo favorable sur les 850 milles en ligne directe qui nous séparent de San Cristobal.
La météo est claire : deux jours de vent puis pétole ou presque. Il faut donc avancer le plus possible dans ces quarante-huit heures afin d’épargner les moteurs pour le passage du pot au noir. Deux jours où nous n’avons pas hésité à brasser la toile dans vingt à vingt-cinq nœuds de vent par l’arrière. Le premier jour nous envoyons le spi dès que les îles s’éloignent pour le ranger deux heures plus tard, le vent étant franchement monté. Puis un ris, quelques tours dans le génois, nous empannons avec à chaque fois un peu d’appréhension mais tout se passe bien jusqu’à deux heures du matin. Là, le vent est très nettement monté, le bateau tape dur dans la mer à neuf, dix nœuds, ses mouvements sont désagréables. Bref on est surtoilé. Nous affalons la GV, plein vent arrière pour ne plus laisser que le génois seul sur la route directe, sept, huit nœuds. Tout se calme à bord. On peut se reposer, enfin. Le lendemain se passe sous génois seul avec une tentative de Spi vers seize heures, affalé à dix sept, de nouveau envoyé à dix huit avec un ris, pour être de nouveau rentré à deux heures du matin et terminer avec le génois dans un vent qui se met à tourner. Nous n’aurons plus de vent fort et pouvons le lendemain de notre départ fêter en mer l’anniversaire de Caroline.

Les courants prennent le relais jusqu’à l’arrivée entre un nœud et un nœud cinq dans le bon sens. Nous laissons le rocher de Malpelo par le tribord le matin du troisième jour (détour effectué en fonction de la carte des courants dans cette zone). Nous envoyons le spi en testant toutes les possibilités sur toutes les amures jusqu’au vent de travers. Et ce pendant cinq jours en fonction des caprices du vent. Les couchers de soleil sur le pacifique sous spi font partie des plus beaux souvenirs de cette navigation. Nous avons franchi l’équateur le 21 mars à 21 heures sans le traditionnel champagne qui est resté au frais.
Tout ça pour terminer notre route au moteur comme il se doit, mais ce ne sera pas sans s’être battu avec les caprices des petits airs. A tel point qu’il a fallu se mettre cinq heures en cape sèche pour ne pas arriver de nuit. On en a profité pour se baigner avec les filles par deux mille cinq cent mètres de fond dans une eau limpide. On déplorera pour finir quarante et une heures de moteur à mettre sur le compte du pot au noir.

Le soleil se lève enfin, après une ultime nuit de veille, sur l’île de San Cristobal. Topaze est salué par les lions de mer. Nous jetons l’ancre dans la baie après huit jours et trois heures de mer, heureux d’être là.

Les moteurs encore en marche un agent vient nous proposer ses services pour effectuer les impossibles formalités d’entrée aux Galapagos. Deux heures plus tard six personnes débarquent à bord pour l’inspection sanitaire du navire et les formalités de la capitainerie(une visite guidée des lieux : « c’est sympa chez vous, oui merci »), puis il faut se rendre à l’immigration, au bureau du Parc National.

Les Galapagos

Posté par : Christophe

07 Avril 2012 à 17h

Bientôt trois semaines que nous sommes ancrés dans la baie de puerto Barquerizo à San Cristobal. Les autorités du pays n’autorisant pas les bateaux à bouger au gré de leurs envies, c’est là que nous avons passé la totalité de notre séjour aux Galapagos. Le pays a tenu ses promesses de faune sauvage. L’accueil des lions de mer est immédiat et ne se démentira pas tout au long du séjour. Ces animaux ne pensent qu’à une chose la nuit tombée, c’est venir dans les jupes du bateau afin d’y dormir. Un gros mâle a ouvert le bal en montant sur le pont pour venir s’installer au dessus de notre cabine et nous a fait profiter de ses gargouillis gastriques jusqu’au petit matin. Il a ensuite fallu le chasser ainsi que trois autres de ses congénères, non sans protestations de sa part au bout de ma gaffe. Tout n’est pas là, il reste après leur passage une odeur nauséabonde et deux heures de ménage pour retrouver la couleur originale du pont. Se sont succédés sur les jupes divers montages plus ou moins efficaces et imaginatifs pour éviter les intrusions. Ce qui ne pourra pas éviter un nettoyage très régulier tant ces animaux ont de la persévérance. Le plus agréable avec les lions de mer c’est la baignade. Ils s’approchent et viennent au contact par jeu lorsqu’on est muni d’un masque et d’un tuba.
Les autres animaux qui peuplent cette île sont nettement moins envahissant, à commencer par les placides iguanes de mer, fous à palmes bleues, tortues terrestres géantes. Mais aussi les tortues marines, les pélicans, les frégates…
La première semaine de notre séjour, nous avons rencontré l’équipage d’Eol, ce qui a permis aux enfants de jouer avec Matthieu et Léa, aux adultes de faire des apéros et au passage un peu de suture sur Greg histoire de ne pas complètement perdre la main. C’est bien le premier équipage de notre âge munis d’enfants que nous rencontrons sur notre périple. Entre temps Greg et moi avons pu faire une plongée, peu de visibilité mais des dizaines de requins en bandes autour de nous, impressionnant. Et c’est tristement que nous avons vu s’éloigner Eol au bout d’une semaine, ayant mis la voile pour Isabella.

Le reste du séjour se passera en promenades, restos, apprentissage du moré pour Tosca au milieu des surfeurs et menus entretiens sur le bateau. Le temps s’est écoulé bien vite. Il nous restera aussi la particulière gentillesse des habitants de l’île envers les enfants. Les commerçants et les bateaux taxi leur offrent régulièrement des bonbons, un jeu de carte, une mandarine…

C’est étonnant et très agréable.


Voilà déjà trois petites semaines et la navigation pour les marquises se profile à l’horizon. La météo dicte un peu sa loi, mais c’est surtout de la pétole qui s’annonce pour les premiers jours, en attendant de toucher les alizés libérateurs, le pot au noir est toujours là. Yanmar quand tu nous tiens.

La pétole par les deux bouts

Posté par : Christophe

07 Mai 2012 à 06h

Le meilleur pour la fin : à J10, la manille de la grand voile casse au moment de prendre un ris (celle qui tient la poulie de mouflage et permet de hisser la voile), la poulie prend un ascenseur pour la tête de mât. Caroline suit derrière, projetée sur la balancine. Émotions et ecchymoses garanties.

La traversée du pacifique n’aura pas été un record de vitesse. Nous avons rencontré de la pétole au début et à la fin de notre périple, ponctuée de quelques jours d’alizé instable au milieu. S’il faut faire les comptes, ce sera 24 jours de traversée, 8 jours sans vent et 4 de moteur. On s’est battu dans les petits airs, mais en dessous de deux nœuds le pilote ne tient plus, alors on fabrique le vent avec du diesel. 6 jours sous Spi dont un affalage sous grain un peu sportif qui s’est terminé avec un bout dans l’hélice et un bain très matinal. Sur le plan des petites avaries, la traversée ne nous aura pas épargné. Le chariot de latte du bas de la grand-voile casse à J2 et après quatre réparations quatre jours d’affilées tiendra jusques dans les 200 derniers milles avant de casser une ultime fois et d’être à nouveau réparé. Une GV recousue sur sa bôme à quatre mains, des galhaubans retendus sous spi.

Le meilleur pour la fin : à J10, la manille de la grand-voile casse au moment de prendre un ris (celle qui tient la poulie de mouflage et permet de hisser la voile), la poulie prend un ascenseur pour la tête de mât. Caroline suit derrière, projetée sur la balancine. Émotions et ecchymoses garanties.

Des cargos et des bateaux de pêche dans ce désert liquide au rythme fou de presque un tous les 2 jours, des plaisanciers parfois. Un poisson volant a eu le culot d’aller mourir dans la coque au vent, ayant traversé le cockpit et dévalé les escaliers en laissant derrière lui une odeur marine inégalable. En parlant de pêche, on s’est fait voler un leurre par un poisson qui a cassé net la ligne, une baleine je vous dit. Sinon rien. Ou plutôt si, des seiches et des poissons volants tous les matins sur le pont. Il a fallu se résigner et avaler nos conserves en contemplant les leurres brillants d’inefficacité et la mer vide. En revanche, l’expérience aidant, on a gagné une boulangère à bord. Du pain, chaud qui sort du four comme si nous étions passé au marché.

Tosca et Gabrielle ont trouvé le temps long mais ont été exemplaires de patience dans un espace confiné avec des interdictions de sortir qui variaient avec l’état de la mer. Ce qui les a le plus désolées, c’est probablement de ne pas prendre un seul poisson.

Finalement nous avons jeté l’ancre dans la bien nommée baie des vierges à Fatu Hiva, il était temps…

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